Cette brève présentation de la
musique irlandaise et de son histoire n’a aucune prétention
exhaustive, voire ethnomusicologique. Nous ne sommes ni chercheurs,
ni même spécialistes de ce domaine.
De très nombreuses études et documents couvrent ce
sujet, principalement bien sûr, en langue anglaise.
Mais il nous a semblé intéressant de donner au profane
francophone quelques clefs sur cette musique pour la replacer
dans son environnement. Cette synthèse est illustrée
par les vidéos qui nous ont semblé les plus représentatives;
pour agrémenter le texte, certes, mais surtout parce que
ces exemples sonores et visuels le rendent bien plus explicite.
Pour nous, musiciens amateurs (site
du groupe) pratiquant une musique traditionnelle exotique, il
est aussi important de connaître son origine, sa trajectoire,
les contextes dans lesquels elle est créée et interprétée,
d’apprécier sa place dans la société
irlandaise et son avenir que de la jouer et de tirer plaisir de
sa beauté mélodique et de ses rythmes frénétiques.
Le seul but de cette partie du site est donc de vous faire entrevoir
que, derrière ces successions de notes, il y a un monde,
il y a une histoire.
Que les spécialistes soient indulgents et rectifient nos propos,
si besoin est.
Pour en savoir plus et consulter nos sources,vous trouverez largement
à la fin de ce texte de quoi approfondir
le sujet.
1 PRESENTATION ET BREF SURVOL HISTORIQUE ’il vous fallait dire
ce qu’est “ la musique française ”, comment vous
y prendriez-vous ? Sans doute en expliquant qu’on ne peut pas parler
d’une musique, mais de musiques, marquées par
les époques, les régions, les styles, les répertoires...
Vous pourriez peut-être établir de subtiles filiations avec
des musiques d’ailleurs, d’au-delà les frontières,
montrer l’influence des immigrations, faire un partage en musiques
savantes et musiques populaires et d’autres distinctions encore.
Et bien pour l’Irlande, la difficulté est à peu près
du même ordre. On entend déjà les protestations :
« Mais non, l’Irlande c’est différent, c’est
une musique populaire, traditionnelle, bien vivante, reconnaissable entre
mille... C’est celle des pubs enfumés et chaleureux, c’est
celle des sessions entre amis ou en famille... »
Mais quoi de commun entre les chants guerriers de la période celte,
la musique teintée d’italianisme du harpiste Turlough O’Carolan
au XVIIIème siècle et la fusion irlando-jazz du groupe Moving
Hearts du début des années 1980 ? Et comment parler
d’une Irlande qui serait tout à la fois la terre des
premiers peuplements, celle des propagateurs du christianisme, celle des
royaumes guerriers féodaux, celle de l’invasion anglaise,
celle de la grande famine qui fit perdre au pays deux millions d’habitants
? Une Irlande qui resterait la même dans la résistance opiniâtre
à l’occupation britannique ou dans l’intégration
européenne, transformée en « tigre économique
» à coup de législation du travail « souple
» et de capitaux de toutes origines ?
Oui vraiment, comment parler de la musique irlandaise ?
Sujet complexe, objet d’investissements affectifs variés,
cette musique fait parler. La perception que l’on peut en avoir
tient autant du rêve et des désirs que de la musicologie,
ce qui vaut pour ses auditeurs, mais surtout pour ses acteurs.
Et pourtant, il est vrai aussi qu’on la reconnaît entre toutes,
qu’elle garde par delà les siècles et les diversités
régionales une capacité unique à émouvoir
et à réjouir, à plonger dans la mélancolie
brumeuse ou à déclencher une irrépressible envie
de danser... Oui, finalement, elle doit bien exister ! Alors donnons-en
quelques repères sans autre prétention que d’en faire
un bref survol.
1.1 Une histoire singulière ’histoire de la musique
traditionnelle irlandaise, telle qu’elle nous apparaît en
ce début de XXIème siècle, est assez étonnante.
Telle le phénix (ou la population irlandaise), elle a réussi,
au prix d’évolutions, à traverser les siècles,
alors qu’elle aurait pu disparaître.
Elle a survécu en traversant de nombreuses crises, portée
plusieurs fois par le volontarisme de militants parfois plus intéressés
pas ses aspects nationaux et identitaires que festifs ou sociaux. On se
bornera ici à donner quelques jalons.
Cette
histoire est un peu comparable à un grand puzzle dont manqueraient
de très nombreuses pièces. C’est particulièrement
vrai pour ses lointaines origines dont on ne sait presque rien. Du Moyen-âge,
à part la harpe « de Brian Boru » pieusement conservée
au Trinity College, peu d’informations nous sont parvenues.
Pour la période allant du XVIème au XVIIIème siècle,
le puzzle se complète un peu, grâce aux textes écrits,
aux récits de voyage. C’est à la fin de cette période
que les ultimes représentants de l’ordre bardique disparaissent
et que sont publiés les premiers recueils de leur musique. Des
rassemblements musicaux sont même organisés afin de sauver
ces mélodies de l’oubli. C’est aussi à cette
époque que les maîtres de danse commencent à
sillonner les campagnes en vivant de leur art et de leur enseignement,
suscitant un engouement croissant des populations rurales.
En 1845 survient le traumatisme majeur de l’histoire de l’Irlande
: la grande famine, démultipliée par la rapacité du
système colonial britannique.
En provoquant la mort d’un million de personnes, elle ébranlera
la vieille société gaélique traditionnelle.
En entraînant l’émigration d’un autre million
d’Irlandais, elle propagera la diaspora irlandaise à travers
le monde. Avec leurs baluchons, les émigrants emporteront leur
musique et leur nostalgie du pays natal.
A ce moment de son histoire, la musique traditionnelle, en Irlande, est
engagée dans une lente décrépitude, qui est le sort
de toutes ces musiques populaires traditionnelles quand se défait
le tissu social qui les a vu naître et prospérer.
Le début du XXème siècle voit cette musique gagner
une nouvelle popularité grâce à deux phénomènes
indépendants et éloignés géographiquement.
En Irlande, alors en pleine effervescence nationaliste, et en route vers
son indépendance, les militants décident que l’autonomie
politique du pays doit aller de pair avec la renaissance d’une culture
gaélique.
Ils lancent donc des programmes de réhabilitation et de repopularisation
dans tous les domaines qui marquent la différence avec la culture
de l’envahisseur : la langue, les sports, la littérature,
le théâtre et bien sûr la musique et la danse.
Outre-Atlantique, dans les grandes métropoles où ils représentent
d’importantes minorités, les Irlando-Américains, tout
en soutenant financièrement les luttes d’indépendance
de la mère patrie, cultivent la nostalgie de leur culture gaélique.
C’est là que joueront les meilleurs musiciens, là
que la communauté musicale sera particulièrement active.
Et là aussi que, grâce à l’industrie phonographique
naissante et à l’énorme demande des immigrés,
vont être enregistrés les premiers témoignages sonores
de l’irish music.
Les disques produits dès les années 1920, en traversant
l’Atlantique, contribueront à revitaliser une pratique musicale
moribonde en Irlande.
C’est aussi aux États-Unis, à Chicago, que sera réalisé
l’ouvrage de collectage qui deviendra la bible de générations
de musiciens : le « O’Neil », (du nom de son auteur),
dont la première édition recense un millier de morceaux.
La musique des Irlando-Américains des années vingt marquera
profondément le genre. Et aujourd’hui encore, presque un
siècle après, un immense musicien comme Frankie Gavin, considère
que non seulement cette période est l’âge d’or
de la musique irlandaise, mais aussi que la musique produite alors est
le modèle et l’idéal musical vers lequel il faut tendre.
Pendant l’entre-deux guerres, et jusqu’au début des
années soixante, alors que la situation politique se normalise,
que l’Irlande s’urbanise lentement, et qu’elle quitte
un peu plus la société rurale et isolée (et sans
doute à cause de ces facteurs), l’intérêt pour
ces musiques décline peu à peu.
Un demi-siècle après la grande période des luttes
pour l’indépendance, une nouvelle vague de militants, culturels
ceux-ci, va se lever. Collectages, études, ouverture d’ateliers
: les ingrédients d’une seconde renaissance sont en place.
Les écoles de musique fleurissent dans tout le pays, assurant la
formation de milliers de musiciens qui vont porter la pratique musicale
à un niveau jamais atteint, tant pour la qualité des interprètes
que pour le nombre de pratiquants.
De ce creuset sortiront des groupes, qui feront connaître la musique
traditionnelle aux quatre coins du monde, les sessions vont se créer
et devenir une forme majeure de la pratique de la musique vivante ...et
un argument commercial de poids pour les pubs!
Dans les années 1990, le corollaire de cette revitalisation massive
sera la commercialisation du genre, via la world-music, les groupes
folk-rock voire punk-folk, les grandes machines à tourner comme
« Riverdanse » ou le « retour des Celtes » (Où
étaient-ils donc partis ?). Mais tout en cette époque court
le risque de devenir marchandise : pourquoi pas un bon produit comme la
musique irlandaise ? Chacun est juge. Mais cette santé commerciale
est aussi l’un des aiguillons de la vitalité d’une
musique aux multiples facettes.
Puisse Saint Patrick lui prêter longue vie.
1.2 “ Au commencement était le
chant... ” es auteurs qui ont étudié
la musique irlandaise pensent que le chant a cappella peut être
considéré comme le modèle de référence
de toute exécution musicale traditionnelle. Le chant en gaélique
plonge ses racines au plus profond de l’histoire du pays et malgré
le recul de la vieille langue, la tradition s’est perpétuée
à travers les grandes ballades en anglais.
Lilting/Jigging (Kilrush Fleadh 1967)
Le chant témoigne de toutes les époques, de tous les événements
heureux ou malheureux marquant la vie des hommes. A coté des “
chants de Cour ” composés à la gloire des mécènes
et des notables, on trouve des chants relatant le déchirement de
l’immigration, le travail de forçats sur les bateaux au long
cours, des chants de travail, des complaintes amoureuses, des chants patriotiques
...
Cathy Jordan (Dervish) en concert dans un pub
Aujourd’hui encore les chanteurs pratiquant le gaélique et
les chanteurs anglophones -bien plus nombreux- sont l’objet d’une
véritable ferveur populaire. Pour s’en convaincre, rien de
pareil qu’une longue session de nuit dans la salle paroissiale d’un
village : tant que les musiciens jouent, la vie sociale continue, on boit
force thé, on partage les biscuits et les conversations vont bon
train ; mais quand une chanteuse, jeune ou âgée, entame un
air, tout se fige alors dans une écoute recueillie et complice,
mélange de plongée en soi et d’attention aux moindres
variations et subtilités de l’interprétation…
Et les vivas qui saluent la performance sont à la hauteur du plaisir
partagé.
Outre ces milliers de chanteurs anonymes et souvent talentueux, l’Irlande
contemporaine compte avec Mairead Ni Mhaonaigh, Nollaig Casey, Triona
O’Dhomhnaill, Tommie Fleming des interprètes inspirés
du chant en gaélique, et Dolores Keane, Mary Black, Christie Moore,
Andy Irvine et tant d’autres, font vibrer les foules par leurs compositions
ou leurs interprétations du répertoire en anglais.
Loving Hannah - Mary Black
Mais l’influence du chant va bien au-delà ; c’est un
modèle d’interprétation pour bien des musiciens et
un illustre piper (joueur de cornemuse) comme Willie Clancy répétait
toujours que le secret de l’interprétation d’un slow
air (mélodie lente) réside dans la reproduction avec
l’instrument des subtilités de la voix humaine...
Les Clancy Brothers et Tommy Makem chantent "The Jolly Tinker"
1.3 “ Et ils dansent ” n 1913, le grand collecteur
de musique traditionnelle Francis O’Neill écrit dans son
livre Irish Minstrels and Musicians que “ L’amour
de la danse apparaît comme étant inhérent aux Irlandais
et constitue un des traits essentiels du caractère national
”. L’histoire de la danse en Irlande n’est pas aisée
à reconstituer. Cette activité séculaire a bien failli
disparaître au cours du XXème siècle après
avoir connu une période de grande diffusion aux XVIIème
et XVIIIème. De nombreux témoignages montrent que ce loisir
se répand alors dans tout le pays et dans toutes les couches de
la population. Son influence devient déterminante pour le style
de musique en Irlande. Un répertoire varié, marqué
selon les régions, va se constituer pour accompagner les danses
exécutées en solo ou en groupe : les jigs, les
reels, danses dérivées des quadrilles continentaux,
les polkas importées d’Europe centrale, les hornpipes,
les slides.
Céili au Fleadh de 1967
Ces danses vont rester jusqu’aux premières décennies
du XXème siècle la distraction la plus appréciée
des Irlandais de tous âges. Mais les luttes pour l’indépendance,
la position hostile de la hiérarchie catholique, l’émigration
massive, l’évolution de la vie rurale vont contribuer pour
leur part à réduire progressivement la pratique de la danse
à des milieux très fermés.
Il faudra attendre les années cinquante et la naissance du Comhaltas
Ceoltóiri Eireann, l’association de promotion culturelle,
pour que renaissent des réunions régulières de danseurs,
qu’apparaisse une politique de collectage systématique ainsi
qu’un enseignement visant à remplacer la transmission traditionnelle
défaillante. Aujourd'hui, le renouveau est assuré. Si la
danse solo reste pour l’essentiel cantonnée aux épreuves
de concours, la danse de groupe, le set dancing, connaît
un engouement grandissant, en Irlande et ailleurs. La danse a profité
du renouveau culturel et notamment musical et elle donne à son
tour du sens à cette musique renouvelée : celui de donner
envie de danser.
1.4 “ Honneur aux groupes... ” n ne saurait parler du renouveau
de la musique d’Irlande sans évoquer l’apport décisif
des groupes des années soixante-dix et quatre-vingt. Certains sont
désormais de “ véritables mythes ” comme on
dit à une époque où les mots perdent facilement leur
poids. Il faut leur rendre cette justice : ces groupes ont fait beaucoup
pour la musique irlandaise et pour la musique traditionnelle.
Citons d’abord le groupe vétéran, celui des ambassadeurs
infatigables de la musique irlandaise depuis 1963 : The Chieftains
(d’après le nom donné aux petits seigneurs de l’Irlande
médiévale). Réunis autour de Paddy Moloney, les musiciens
de ce groupe perpétuent un style mis à l’honneur par
Sean O’Riada au milieu du siècle, mélange de tradition
bien vivante et d’influence de la musique classique. Mais c’est
aussi un groupe qui sait organiser régulièrement les associations
les plus osées : musique de Chine, chanteurs stars du rock, etc.
Leur discographie compte plus d’une quinzaine de volumes.
Citons ensuite LE groupe qui a marqué, celui par qui tout a changé,
Planxty. Une association d’une rare élégance,
et d’une inventivité renversante, entre Christy Moore, Andy
Irvine, Lyam O’Flynn, Donald Lunny, Johnny Moynihan, Matt Molloy
(les trois premiers en permanence, les autres à différentes
époques). On écoutera avec plaisir les disques qui ont émaillé
cette aventure entre 1972 et 1975 : Planxty, The well below
the valley, The woman I loved so well...
Martin Wynne's/Reels - The Bothy Band 1976
A peu près à la même époque éclatait
un nouvel orage dans le ciel mouvementé de la musique irlandaise,
le groupe The Bothy Band, composé pour l’essentiel
de Micheal O’Dhomhnaill, de Triona Ni Dhomhnaill, de Kevin Burke,
de Matt Molloy, de Donald Lunny et de Paddy Keenan. Jamais on n’avait
joué aussi vite les morceaux que quand ceux-là montèrent
sur scène ! Un nouveau style était né, qui fait encore
beaucoup d’émules aujourd’hui, celui du gros son et
du punch d’enfer sur fond de jigs et de reels à la cadence
impeccable même à un tempo démoniaque... L’aventure
tourna court, malheureusement, faute d’une gestion sérieuse
des affaires du groupe, mais les disques Old hag you have killed me
ou Out of the wind into the sun restent des morceaux d’anthologie.
Autre groupe phare, mais durable celui-ci, De Dannan, constitué
autour du fiddler (violoniste) virtuose Frankie Gavin. Ce groupe
existe depuis 1974 et continue à tourner régulièrement
en Irlande, aux États-Unis et en Europe avec diverses formations.
Les disques les plus représentatifs sont Star spangled Molly
et The mist covered mountains of home.
On pourrait encore citer The boys of the lough, Clannad,
Altan, Danu, Dervish, Flook... La
liste serait longue. Retenons que certains parmi ces groupes ont fait
plus pour le renouveau de la musique en Irlande que bien des projets de
développement culturel. Mais leur éclosion n’aurait
pas été possible sans le travail acharné, les efforts
inlassables de militants culturels et politiques qui maintinrent dans
les années cinquante et soixante le flambeau de la culture populaire
irlandaise. C’est en grande partie grâce à ces musiciens
et ces danseurs qui surent faire vivre et revivre la tradition populaire
d’Irlande et la faire connaître avec éclat dans le
monde entier qu’aujourd’hui elle est plus vivante que jamais.
2 LA PRATIQUE CONTEMPORAINE - QUELQUES CLEFS
2.1 Bodhrán, feadog, uilleann pipes et autres
bizarreries... omme toutes les musiques populaires,
la musique irlandaise a intégré peu ou prou les instruments
qui sont apparus au fil des siècles. Les musiciens et les facteurs
d’instruments irlandais ont aussi créé des instruments
caractéristiques. On trouve donc côte à côte
des instruments bien connus comme la harpe, le violon, la flûte
traversière, l’accordéon, la guitare, le piano...
et d’autres plus locaux comme le tin whistle, le bodhrán
(prononcez bowrann) et la cornemuse irlandaise connue sous le
nom d'uilleann pipes.
On ne saurait traiter ce chapitre sans aborder en tout premier lieu la
harpe irlandaise. L’Irlande en a fait un emblème
national, son utilisation est attestée dans les temps les plus
reculés de l’histoire de ce pays et c’est peut-être,
avec la voix, le plus ancien instrument utilisé en Irlande. La
harpe irlandaise est de taille plus petite que la harpe de concert que
l’on connaît mieux. Elle est équipée de cordes
métalliques et se joue avec les ongles ce qui lui donne un son
caractéristique. Si un musicien mythique comme Turlough O’Carolan
était harpiste et que sa mémoire reste attachée à
l’instrument, la harpe a connu une désaffection importante
à partir du XVIIIème siècle. De nos jours, cet instrument
porteur de la tradition la plus ancienne n’a pas encore toute la
place qu’il mérite, malgré le talent de musiciennes
comme Kathleen Loughnane ou Katrien Delavier (hélas décédée).
Cette dernière -française- enregistra deux excellents disques
consacrés à l’instrument et participa au groupe Hempson
spécialisé en musique ancienne d’Irlande.
Une composition d'O Carolan à la harpe celtique par Sarah
Deere-Jones
Fiddle, c’est le nom donné au violon en musique
irlandaise. Les Irlandais, mais aussi les Ecossais et les Anglais, distinguent
nettement violin, pour le répertoire classique, et fiddle,
qui désigne à la fois l’instrument et le style en
musique traditionnelle. Et le fiddler joue du fiddle
! L’instrument lui-même ne diffère pas du violon classique,
si ce n’est par l’utilisation de cordes métalliques.
C’est l’instrument roi de la musique irlandaise. Des styles
régionaux spécifiques se sont créés au fil des siècles
et subsistent encore de nos jours malgré une tendance lourde à
l’uniformisation sous l’influence de la musique enregistrée
et des “ grands noms ”. Parmi ceux-ci on citera les anciens
comme Johnny Doherty, Michael Coleman, James Morrison... Et les contemporains
comme Sean Keane, Kevin Burke, Charlie Lennon, Paddy Glackin, Frankie
Gavin...
Irish fiddle : Aidan O'Neill
La timber flute est la flûte traversière en ébène,
qui se répandit chez les musiciens traditionnels quand la flûte
métallique équipée du “ Système Boehm
” s’implanta chez les musiciens classiques ; les flûtes
en bois, démodées, devinrent tout d’un coup financièrement
accessibles. Les flûtistes se sont rapidement taillé une
place de choix parmi les musiciens irlandais. Les styles des comtés
de Sligo, de Galway et de Clare sont devenus célèbres. Les
interprètes les plus réputés sont Michael Tubridy,
Seamus Tansey, et plus près de nous Dessie Wilkinson et surtout
Matt Molloy, l’un des flûtistes les plus inspirés que
nous ayons eu l’occasion d’entendre.
Seamus Tansey-Irish Flute
Le feadog ou tin whistle est une flûte métallique
; en fait un simple tuyau de laiton percé de trous que l’on
raccorde à un sifflet (whistle). Evidemment, tout est dans l’art
de percer les trous, de fabriquer le bon sifflet et d’en jouer !
Instrument d’apprentissage, instrument de voyage, c’est aussi
un instrument à la sonorité unique qui a ses virtuoses comme
Mary Bergin, Miko Russel, Paddy Moloney, Winnie Kilduff...
Tin Whistle: The Butterfly
Le low whistle, c’est le grand frère du tin. Accordé
une octave plus bas, il donne un son grave et velouté qui se prête
à merveille aux airs lents.
Le bodhrán est un tambour : une peau de chèvre
tendue sur un bâti en bois de forme cylindrique. On connaît
mal l’histoire de cet instrument. Traditionnellement, il était
associé aux fêtes de la moisson et du battage. On en joue
en le posant verticalement sur la cuisse et en frappant sa peau à
main nue ou, le plus souvent, avec un stick, mailloche de bois à
deux têtes permettant de produire des roulements et de nombreux
effets. Le musicien module le son en faisant varier la pression sur la
peau. Son utilisation dans les groupes date des années soixante.
Solo de bodhran par Abe Doron
La cornemuse irlandaise s’appelle uilleann pipes (du gaélique
et de l’anglais : littéralement “ cornemuse de coude
”), ou organ pipes en référence aux riches
sonorités produites par les drones (bourdons) et les “
régulateurs ”, ou encore union pipes en référence
à l’accord entre le chanter (chalumeau) où
se joue la mélodie et les régulateurs qui servent à
l’accompagnement. Comme toute cornemuse, c’est d’abord
un sac que l’on remplit d’air (à l’aide d’un
soufflet en l’occurrence), air qui est ensuite distribué
entre les différentes parties “ chantantes ” de l’instrument.
L’affaire demande « un peu » d’habitude... Créé
pour jouer à l’intérieur des édifices, l'uilleann
pipes présente une sonorité assez douce, surtout pour
les instruments accordés en do ou en si ; ceux accordés
en ré sont plus brillants et mieux adaptés au jeu en groupe.
Cette cornemuse à bien failli disparaître dans les années
1950/1960 : les derniers artisans-facteurs étaient morts en emportant
leur savoir-faire et seuls restaient “ jouables ” les instruments
construits au XIXème siècle et ceux fabriqués dans
les années trente par Léo Rowsome, célèbre
musicien, pédagogue et génial constructeur de pipes.
Il faudra attendre les années quatre-vingt pour retrouver puis
dépasser la qualité de fabrication des grands maîtres
du XIXème siècle grâce notamment à l’ingénieur
français Alain Froment.
Les grands pipers sont nombreux, dans différents styles.
On citera Patsy Touhey, Seamus Ennis, Felix et Johnny Doran, Willie Clancy
-hélas disparus- ainsi que, pour notre plus grand plaisir : Lyam O’Flynn, Paddy Moloney,
Paddy Keenan, Finbar Furey, Davy Spillane... et bien d’autres jeunes
talents.
Uilleann pipes : Liam O Flynn joue une jig
Avec l’accordéon et le concertina, nous
revenons en terrain connu. Ces deux instruments, remontant à la
première moitié du XIXème siècle, sont très
proches l’un de l’autre : alimentation en air par un soufflet
central, mélodie jouée sur des claviers à boutons,
anches métalliques, mécanisme en bois ou en métal….
Ces deux instruments ont été adoptés au cours du
siècle passé en Irlande. Les grands noms de l’accordéon
sont Joe Burke, Joe Cooley, Bobby Casey par le passé et plus récemment
Tony Mac Mahon, Seamus Beagley, Martin O’Connor, Jackie Daly, Sharon
Shannon... Le concertina a été rendu célèbre
par Elisabeth Crotty ou Mrs Dalton, c’est maintenant Mary Mac Namara
et Noël Hill qui en sont les représentants les plus talentueux.
Accordéon diatonique : suite irlandaise
Depuis les trente dernières années, l’accompagnement
aux cordes s’est répandu largement en musique irlandaise.
Qu’il s’agisse de guitare, de bouzouki ou
de mandoline. Ces instruments ont apporté une couleur
nouvelle aux formations musicales traditionnelles et une “ pêche
” bien dans l’air du temps. On trouve dans ce domaine quelques
grands noms de la musique irlandaise d’aujourd’hui : Donald
Lunny, Johnny Moynihan, Andy Irvin, Arty Mac Glynn...
Bouzouki : Monaghan jig
L’accompagnement de la musique irlandaise au piano est
venu assez tardivement et a surtout marqué le style irlando-américain.
Il reste cependant assez rare même s’il a pu servir à
une époque à donner quelques “ lettres de noblesse
” à la musique traditionnelle.
On peut aussi rencontrer, plus ou moins fréquemment, quelques banjos,
harmonicas et autres bones (os de bœuf ou de moutons utilisés
comme percussions).
2.2 “ Reels, slides, hornpipes et slow
airs... ” - Les genres musicaux ivers rythmes (correspondant
souvent à des pas de danses différents) composent la musique
irlandaise le plus souvent jouée en mode majeur. Les voici présentés
par ordre d’importance et de popularité décroissante.
Le reel
A tout seigneur, tout honneur : le reel. Il représente
à lui tout seul les deux tiers du répertoire.
4/4 rapide, présentant un balancement entre le temps et le contretemps.
2 reels par De Danaan : Gavin au fiddle
La jig
L’autre genre spécifique de la musique irlandaise.
Existe en trois variétés : 6/8 ; 9/8 (slip jig) et 12/8
(single jig)
Son nom vient probablement, au XVIème siècle, d’une
danse italienne : la giga.
Jig en famille
La polka
Mélodie binaire, en 2/4. Originaire d’Europe de l’Est,
elle connut, vers la fin du XVIIIème siècle, un succès
foudroyant et se répandit alors dans toute l’Europe.
En Irlande, on ne la trouve pratiquement que dans le Kerry et dans la
région de Cork.
Une suite de 3 polkas
Le slide
En 12/8, très rapide. Encore une spécialité des zones
Kerry/Cork.
3 slides
Le hornpipe
Musique en 4/4, moins rapide que le reel, caractérisé par
ses triplets (proche du triolet classique).
Le nom proviendrait d’un instrument de musique à anche double du XVIème
siècle, construit a partir d’une corne
d’animal.
Hornpipe par De Danaan
Le Slow air
C’est une mélodie lente ou très lente, écrite
pour un instrument en solo, et pour l’écoute seule.
Une variété en est le planxty : écrit pour
la harpe, en l’honneur d’un noble ou d’un riche mécène.
Turlough O'Carolan (1670-1738), fut le compositeur quasi exclusif de ces
planxties.
Marche
Genre présent dans toutes les traditions et même en musique
classique. Peut être plus ou moins rapide.
Généralement en 4/4, parfois en 6/8.
On trouve aussi, plus ou moins anecdotiques selon les régions
et les époques des valses et des mazurkas d’origine continentale,
ainsi que des barndances ou des Highland flings, d’origines
écossaises.
2.3 Step, set, battering... : Les danses i l’on ne peut éviter
de parler de danses dans une présentation de la musique irlandaise,
c’est parce que la majorité des pièces instrumentales
sont des musiques de danse. C’est cette fonction initiale de la
musique, à l’origine des morceaux, qui explique leurs caractéristiques
(métrique, longueur et …vitesse). Un répertoire musical
varié, spécifique selon les régions, s’est
constitué au fil du temps pour accompagner les danses exécutées
en solo ou en groupes.
On n’a pas de description détaillée des danses avant
la seconde moitié du XIXème siècle. Certains auteurs
font remonter la tradition de danse à l’Irlande préchrétienne,
influencée beaucoup plus tard par les danses continentales et particulièrement
les quadrilles français. En littérature, presque toutes
les références aux danses ne parlent que de “Round
and Long dances” (danses de groupe en figures). Plus tard -vers
la fin du XVIIIème- on commence à trouver des informations
sur l’activité des maîtres de danse qui ont inventé
et enseigné les steps. Ces danses compliquées seraient des
variations savantes réalisées à partir des pas simples
des danses de groupe et des figures importées des quadrilles français
et écossais, adaptés pour la musique traditionnelle.
Le grand public a récemment eu connaissance de la danse irlandaise
grâce aux grands spectacles commerciaux tels que Riverdance
ou Lord of the Dance. Mais ceux-ci ne sont qu’adaptation
aux goûts et attentes de l’industrie du show-business, d’une
forme de danse traditionnelle irlandaise, parmi toutes les autres.
Riverdance
On peut diviser les genres entre danses de spectacle (performance dance)
et danses sociales (social dance).
Danses de spectacle Stepdance
La danse de spectacle pratiquée en solo, nommée stepdance,
est caractérisée par des pas très rapides et précis,
exécutés le buste droit et les bras inertes. Il existe plusieurs
formes de step dancing en Irlande, mais le style le plus connu
est celui du Munster, codifié dans les années vingt par
An Coimisiún le Rincí Gaelacha, « la Commission
de danses irlandaises ». Ces danses, enseignées dans des
écoles spécialisées dès la petite enfance,
sont pratiquées exclusivement en compétitions ou en spectacles
publics, par des danseurs habillés en costumes chatoyants particulièrement
ornés et portant des chaussures spéciales.
Step dance en 2006
On est bien loin du « Sunday Best » (le costume du dimanche)
des champions des générations passées.
Step dance en 1963
Les danses sociales sont pratiquées en
bals appelés céilì (prononcer kéli), et sont une pratique bien vivante. Elles se répartissent
en céilì et en set dancing. Elles sont dansées
dans les bals appelés également céilì. Complication
supplémentaire, le nom gaélique céilì signifie
« réunion sociale avec danses et musiques irlandaises »
et l’adjectif céilì spécifie un type de danse.
Céilì dance
Le céilì dancing - terme inventé à la fin
du XIXème siècle par la Ligue Gaélique pour les distinguer
des sets -danses basées sur des quadrilles, perçues par
les patriotes comme danses d’importation- est pratiqué par
un nombre plus ou moins important de couples de danseurs. C’est
durant l’entre-deux-guerres que la pratique du céilì
dancing a connu son apogée. Il s’agit de danses rapides et
complexes dont les différentes figures sont annoncées par
le calleur. Elles sont chorégraphiées et ont un
auteur connu.
Céilì dance
Set dance
Les danses de set demandent une pratique régulière.
Influencées par les quadrilles français, elles sont exécutées
par une formation de quatre (plus rarement deux) couples et sont articulées
en plusieurs figures composées de parties. Le pas de chaque figure
peut varier selon la région et les participants du set.
Un set nécessite donc au minimum huit personnes (ou un multiple
de huit). Les genres musicaux -reel, jig, slide, polka et hornpipe- se
mêlent souvent au sein d’un même set. Parfois le nom
du set indique sa provenance (Kilfenora set, Clare
lancers set). Aujourd’hui, il existe plus de cent sets
différents, collectés un peu partout en Irlande, avec d’importantes
variations régionales. Les sets de Cork et du Kerry utilisent
surtout les jigs et les polkas; par contre ceux du Clare sont dansés
sur des reels.
Set dance : Clare Caledonian set
Certains sets, comme le Clare Lancers sont dansés
avec un style doux, glissant, mais d’autres sets de la
même région utilisent le battering (claquements
des pieds sur le sol, fournissant une rythmique supplémentaire
et provoquant une montée d’enthousiasme chez danseurs et
musiciens). Le battering serait une réminiscence des pas des anciens
maîtres de danse et de leurs step dancing.
Même si les danses sociales sont des danses de loisirs, dans l’esprit
et dans leur pratique, l’association Comhaltas en organise
tout de même des championnats.
Le set dancing est devenu relativement populaire et on peut le pratiquer
un peu partout en Europe, aux États-Unis et en Australie.
Chaque semaine ou presque, aux quatre coins d’Irlande, sont organisés
des ateliers et des bals de set dancing. On vient de loin souvent
pour danser sur la musique de tel céilì band ou pour suivre
les cours de tel maître de danse. Le moindre village peut devenir
célèbre par le festival de danses qu’on y organise
une fois l’an. Les sociétés de set dancing
se multiplient. Des sites Internet se chargent de diffuser toutes les informations
et les calendriers. On peut même participer à des croisières
sur des paquebots où officient deux ou trois céilì bands
pour assurer les bals de l’après-midi et du soir… Si
le public de ces rencontres est souvent d’âge mûr (mais
d’une forme éclatante), de nombreux jeunes sont là
pour assurer la relève, avec brio.
Le renouveau de la danse a favorisé la multiplication des groupes
musicaux spécialisés dans l’animation de ce genre
de bals. Le céilì band est une formation qui apparaît
au début du XXème siècle, dont la seule finalité
est la danse : les rythmes sont très rapides, le nombre de musiciens
sur scène est important (à l’origine pour développer
la puissance sonore nécessaire pour quelques centaines de danseurs
pas particulièrement silencieux). Véritable genre à
part entière, si les marges d’interprétation individuelle
y sont des plus réduites, l’ensemble forme une imposante
« machine à danser » soulevant l’enthousiasme
de salles entières. Il s’agit souvent de formations locales,
familiales parfois, mais il en existe aussi de véritables (ou quasi)
professionnelles qui sillonnent le pays à longueur d’année.
Parmi les formations les plus célèbres citons : Abbey
Céilì Band, Tulla Céilì Band, Kilfenora
Céilì Band…
2.4 Sessions partout i les céilì
sont autant une activité sociale que chorégraphique, le
renouveau de la pratique musicale en Irlande a suscité également
l’apparition d’une façon originale de partager cette
musique : la session. Avatar traditionnel des bœufs
et autres jams, la session privilégie plutôt
le côté relationnel que la stricte pratique musicale.
Se déroulant le plus souvent dans un lieu public, la session
est un rassemblement informel, et plus ou moins organisé, de musiciens
qui se retrouvent pour jouer ensemble. Contrairement au concert où
les musiciens jouent pour le public, en session, les intervenants jouent
d’abord pour leur plaisir, en se souciant peu de qui est autour
à les écouter. La présence du public reste marginale
et discrète, et en tout cas absolument pas nécessaire à
la réussite d’une bonne séance.
Les applaudissements en fin de morceau, qui se généralisent
de plus en plus, marquent toutefois la réintroduction d’une
distanciation acteurs/spectateurs et la rupture du lien entre une communauté
et ses musiciens. Reflet d’une époque dans laquelle même
la fête et le plaisir se spécialisent et où la «
participation » consiste à assister passif à un événement
puis à agiter frénétiquement les mains toutes les
trois minutes ?
Une session standard se déroule ainsi : un musicien commence à
jouer un tune, et ceux qui le connaissent le reprennent. L’étiquette
des bons «sessionants» prescrit de ne jouer que les morceaux que l’on
maîtrise. Toute l’alchimie de la session réussie
consiste donc à équilibrer les standards que tous les musiciens
pourront jouer et les pièces plus rares qu’ils écouteront
avec plaisir. Dans les open sessions tous ceux qui savent jouer
de la musique irlandaise sont bienvenus. Souvent, on trouve un (ou des)
leader plus où moins connu qui tire la session, mais parfois l’on
s’en passe. De temps en temps, un musicien ou un chanteur présente
un slow air ou un chant, exécuté en solo.
Session années 70
Actuellement, ce sont surtout les sessions qui maintiennent vivante la
tradition musicale, en favorisant la circulation et l’échange
des morceaux, des styles, des interprétations.
L’image des pubs enfumés (avant l’interdiction
!) avec les musiciens tassés autour de tables chargées de
verres de Guinness est devenue un cliché. C’est cela que
l’on cherche au cours des voyages en Irlande, c’est cela que
l’on essaye de recréer un peu partout. Et c’est autour
et pendant les sessions -comme pour toute activité sociale- que
les participants se confrontent, que naissent les tendances, les comportements
typiques, les nombreuses blagues et anecdotes, et que des groupes se forment.
Session 2004
Cette pratique amateur est toutefois altérée par les exigences
modernes : la spontanéité initiale des sessions est maintenant
souvent remplacée par l’initiative des patrons de pubs
qui invitent, en les payant, des musiciens. Et ceci, soit pour créer
l’ambiance, soit pour attirer d’autres musiciens (et de la clientèle…).
Remarquons, pour clore ce paragraphe, l’imprévisible diffusion
de cette pratique : outre bien sûr dans tout l’espace anglo-saxon (diaspora
oblige) et en France (qui entretient depuis la Révolution un lien
privilégié avec l’Irlande) on peut trouver des sessions
un peu partout dans le monde, à Düsseldorf, Budapest ou Tokyo.
Bon, en cherchant un peu parfois, mais ça le mérite bien, non ?
3 LA CELTIE ET LA MUSIQUE CELTIQUE
« h vous jouez de la
musique irlandaise, c’est de la musique celtique, non ? »
combien de fois les musiciens n’ont-ils pas entendu cette baliverne
récurrente, et dont il semble prométhéen d’en
débarrasser le profane!
Aux incompréhensions sur la musique irlandaise s’est ajouté
le fait que la culture celtique est toujours perçue comme mystérieuse
et mystique ; et cela a libéré l’imagination des gens.
Même si la musique celtique a dû être entendue pour
la dernière fois à l’époque de Jules César.
Autant la Celtie (ou la zone celtique), peut être située
historiquement (et même préhistoriquement), autant la notion
de « musique celtique », laisse bon nombre de musiciens un
peu… perplexes.
Si par « musique celtique » on entend « musique traditionnelle
qui est jouée dans les anciennes zones celtiques » : oui,
pourquoi pas !
Mais, selon un tel critère, on peut décréter qu’il
existe une musique « méditerranéenne » qui englobera,
pêle-mêle, la sardane catalane et le rébétiko
grec, le raï algérien et le flamenco andalou.
Curieuse famille, non ?
S’il existe un cousinage réel et de très nombreux
points communs entre musique irlandaise et écossaise, ces ressemblances
commencent à se distendre avec la musique anglaise pour devenir
inexistantes en passant le Channel. Sans même parler de
la Galice (en attendant le Morvan, vieille terre celte si il en est, et
bien avant la Bretagne et l’Irlande !).
La « musique celtique » est une construction idéologique,
une représentation des faits sans rapport avec la réalité.
Et bien sûr, comme toute idéologie qui prospère, elle a
sa raison d’être, sinon elle ne survivrait pas. Mais là,
on s’écarte sensiblement des explications musicales.
Et raison d’être ou pas : elle tord le cou à la réalité
: la « musique celtique », cela n’existe que comme vaste
fourre-tout musicologique !
Des milliers de publications et de sites couvrent ce sujet. Cette présentation
se voulant une brève synthèse, nous n'avons indiqué
que quelques liens particulièrement adéquats à notre
sujet.
En français Publications papiers :
A. MONNIER et Erik FALC’HER-POYROUX, 1995, La musique irlandaise,
Spézet, Editions Coop Breiz. TRAD MAGAZINE, Musiques traditionnelles, 1996, N° 45/46,
Spécial Irlande.
Et divers articles au fil des numéros : Trad
Magazine, 1bis, Impasse du Vivier 91150 Étampes.